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Jean-Paul Delamotte
Ce n'est pas l'espace qui nous sépare le plus de l'Australie, mais le temps: le poids ancestral des habitudes, des traditions, des structures administratives, politiques et médiatiques. Outre que très peu d'Australiens sont d'origine française et que nous n'avons jamais eu l'occasion d'accueillir des refugiés politiques venus de là-bas (on n'ira pas jusqu'à le regretter).
Même si des obstacles surgissent, comme partout, la vie culturelle y est diverse et attachante, qu'il s'agisse d'événements à petite ou grande échelle comme les festivals et les rencontres, qui se déroulent généralement sous le signe d'une chaleureuse hospitalité... Ou de structures permanentes comme les universités, les bibliothèques, les musées, les salles de concert, etc., qui, entre parenthèses, font encore une place de choix àla culture française: Sydney, par exemple, en est incidemment une étonnante vitrine dans le Pacifique.
De la culture aussie, exception faite d'une approche sympathique mais le plus souvent très superficielle des Aborigènes, nous sommes largement coupés : par exemple, l'édition de langue anglaise demeure de facto comme de jure divisée en deux zones dans le monde, à l'extérieur de l'Australie &emdash; la Grande-Bretagne et les États-Unis.
En littérature, outre qu'il y eut en 1990 (greice à Jean Gattegno, ici et Tom Shapcott, là-bas) l'hommage des Belles Etrangères, quelques exceptions éclatantes confirment, Dieu merci, la règle : avant tout Patrick White, chez Gallimard; chez 10-18, Arthur Upfield (et John Tittensor!) ; et puis David Malouf (Albin Michel), Nancy Cato, Rodney Hall, Frank Moorhouse et Cie, aux Presses de la Renaissance; Miles Franklin, Henry Handel Richardson et Mudrooroo, aux éditions de l'Aube; et la collection Antipodes d'Actes Sud &emdash; la seule collection &emdash; qui marque un réel progrès, avec des auteurs comme Fiona Capp, Lîam Davison, Nicky Gemmel, Kim Scott et Alexis Wright...
C'est une joie de rechercher et de traduire des écrivains; c'est une tristesse d'en laisser d'autres en attente... Ici, nous avons convié six hommes et six femmes de qualité: des classiques célèbres Down Under, comme Marcus Clarke et Henry Lawson ; de grandes figures féminines de la première moitié du siècle dernier: Katharine Susannah Pri-chard, Eleanor Dark, Dymphna Cusack; un admirable obse~vateur de la même époque : Brian James. Et des contemporains, dont la réputation n'est plus àfaire: David Malouf Frank Moorhouse et Helen Garner ....... tandis que grandit celle de Maurilia Meehan et d'Eva Sallis... Outre une surprise, in fine.
Avec un seul but, bien sûr : donner envie de partir à la déouverte !
JEAN-PAUL DELAMOTTE *
Cet hommage à la culture australienne est discrètement dédié à Gough et Margaret Whitlam, qui ont tant fait pour elle.
1. A suivre confiée à Aurélien Masson et Xavier Pons, une seconde partie, consacrée à la poésie, à la littérature aborigène et aux récits autobiographiques, paraîtra dans le prochain numéro de la NRF.
* Écrivain. A vécu trois années en Australie, chargé de cours sur la littérature et le cinéma français dans des Universités. Fondateur et animateur de l'Association culturelle franco-australienne (de 1980 à 2000) et de l'Atelier littéraire franco-australien (depuis 1995).
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